« Un sauveur viendra. Nous l’appellerons Emmanuel » (Isaïe, 7,14)

Publié par joe le 08-06-2017 17:13:21

Macron et ses moutons électeurs

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Les Français ont voté et porté au pouvoir suprême un quasi inconnu, météorite lancée par le PS, soutenu par les banques, conseillé par une flopée de spécialistes de la mondialisation et de la finance internationale, encensé par les journalistes à la solde du pouvoir qui l’ont paré de toutes les vertus, de toutes les compétences, faisant de lui le chouchou des jeunes gens branchés avides de réussite, mais aussi de la bourgeoisie frileuse cherchant à être rassurée, et des politiciens en déshérence.

Les lampions éteints, les flonflons envolés, les problèmes ne vont pas manquer de resurgir, notamment ceux que, durant la campagne, Emmanuel Macron et ses adulateurs s’étaient bien gardé d’évoquer, sinon pour les minimiser : immigration incontrôlée, communautarisme rampant : venu de la banlieue, c’est maintenant au tour du quartier de la Chapelle d’être colonisé, les femmes y étant harcelées, insultées, et sommées de rester chez elles, leur place n’étant manifestement plus dans la cité ; ce que les médias tentent de camoufler, sans jamais faire de lien entre immigration et insécurité, islam et atteintes aux droits des femmes. On a même entendu la secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes dire y voir un phénomène propre aux quartiers populaires ; parallèle dont avait déjà usé Benoît Hamon, évoquant le machisme de la vieille culture ouvrière française. Certaines féministes ont même accusé les signataires de la pétition, adressée au nouveau président de la République, d’encourager le racisme.

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Mentionnons aussi l’antisémitisme en expansion, la laïcité et les lois de la République bafouées, la destruction de notre identité, la terrifiante menace du terrorisme islamique qui a assassiné, hier en France, en Égypte, et tout récemment en Angleterre. Si les programmes de Fillon et de Marine Le Pen avaient abordé ces questions et proposaient de vraies réformes, le silence macronien s’explique : l’union des organisations islamiques de France (UOIF), classée par certains pays comme organisation terroriste, ne soutenait-elle pas Emmanuel Macron, ce qu’ont entendu les banlieues musulmanes votant pour lui à 92%. N’oublions pas que ce même Emmanuel Macron est favorable à plus d’Europe et à plus de migrants, manifestant une « bienveillance idéologique » vis-à-vis de l’islamisme et ayant cautionné à plusieurs reprises le multiculturalisme, sans doute « une chance pour la France…»

Si être élu président est une chose, gouverner en est une autre, car si l’on compte les abstentionnistes, les votes blancs ou nuls, les électeurs de Marine Le Pen et de Mélenchon, on constate qu’Emmanuel Macron, « grand vainqueur », ne représente que 30% du corps électoral. D’où son souci de construire une majorité. En nommant Premier ministre Édouard Philippe, inconnu des Français mais qui a l’avantage d’être issu des rangs républicains, ami de Juppé, de la droite molle, dont il partage la vision d’une mondialisation heureuse et de la discrimination positive, le Président tente de faire élire « une chambre introuvable », ramassant autour de lui tous les déçus, les opportunistes des partis traditionnels. Ajoutons que monsieur Philippe est aussi connu pour son soutien à la cause palestinienne, caractéristique de la bien-pensance, comme d’ailleurs Marlène Schiappa, nommée à l’Égalité femmes-hommes.

On mesure donc à leur vraie valeur les flatteries de ceux qui, tel le Premier ministre, n’hésitent pas à comparer le Président à Alexandre le Grand qui a « tranché le nœud gordien », ou d’autres au général de Gaulle. Toutes proportions gardées, le parcours du banquier-président ne rappellerait-il pas plutôt celui du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, dit Badinguet, qui, en 1851, fut élu premier Président de la République, avant de la liquider pour devenir empereur. Tous deux, candidats de l’argent et des puissants, n’ont jamais hésité à feindre leur empathie avec le peuple et les déshérités, le futur empereur ayant même écrit en 1844 un ouvrage au titre accrocheur : L’extinction du paupérisme. L’un comme l’autre, intelligents et excellents comédiens, ont su utiliser leurs alliés avant de les rejeter quand ils ont cessé d’être utiles. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron, perçu comme la marionnette des socialistes qui l’avaient propulsé sur le devant de la scène, les a, en un rien de temps, phagocytés, en faisant d’eux des supplétifs, avant de s’attaquer à la droite pour l’étouffer et la digérer.

Ce stratège, habile bateleur, adaptable à toutes les situations, séduisant, est aussi un redoutable manipulateur, façonné par son expérience dans le milieu de la banque et des affaires. Valls ne disait-il pas de lui : « Macron n’a pas de codes, donc pas de limites » ? Essentiellement motivé par le pouvoir et l’argent, pourquoi se soucierait-il du petit peuple, des exclus, des abandonnés de la République, même si lui et son ministre feignent la compassion. Il est à l’image de cette France des métropoles qui concentre aujourd’hui l’emploi et la richesse : entre 2007 et 2014, les douze principales villes de France ont totalisé 70% des créations d’emplois, alors que, jusqu’à la fin des années 1990, la croissance du pays profitait à l’ensemble du territoire. A l’inverse, la France de la périphérie rassemblerait les vaincus, les has been : chômeurs, déclassés, individus sans qualification ni perspectives, petits artisans et petits paysans vivant dans la précarité. C’est là que l’on trouve l’essentiel des 6 millions de chômeurs et des 9 millions de pauvres.

Mais pourquoi ces gens-là vivent-ils donc dans la nostalgie du passé, pourquoi s’attachent-ils à leurs racines, à leur patrimoine, à leur culture, à leur identité ? L’avenir, selon les « élites au pouvoir », appartient à ceux qui s’inscrivent dans la modernité et pour qui compte avant tout la volonté d’entreprendre et de réussir coûte que coûte. Conditionnés à une mobilité et une disponibilité permanentes, nourris dans le culte de l’ego et de l’arrivisme, ils ne s’embarrassent pas de valeurs surannées comme la patrie, la culture ou l’histoire… Ainsi que le dit Bruno Retailleau, dans une belle formule, « faire de l’individu le seul horizon de l’action publique, c’est substituer la société des ego à la République des égaux ».

Pour cette « élite » sans principe, sans morale, sans culture et sans respect de l’autre, sauf s’il fait partie du clan, un peuple ne vaut que s’il cesse d’être un peuple avec son histoire et les principes que d’innombrables générations lui ont légués, dont la laïcité est peut-être le plus précieux; s’il accepte de devenir une forme d’entreprise performante, anonyme, sans patrie ni frontières, soucieuse des seuls résultats économiques, indifférente à ceux qui ne suivent pas. Individus remplaçables, populations interchangeables, pays effaçables, tel est le credo. Nul souci de la citoyenneté, de l’appartenance à une nation, mais, au contraire, le développement du multiculturalisme comme accélérateur de la décomposition française, l’ouverture des frontières pour noyer les Français sous le nombre. Il s’agit de réduire le sentiment national, le patriotisme qui constituent des obstacles à l’exploitation, à la quête du profit tous azimuts par l’utilisation des clandestins au rabais ou des esclaves du tiers-monde.

Pour Jaurès, « la Patrie est le seul bien de ceux qui n’ont rien ». C’est encore trop, car cet attachement au pays est un ancrage pour résister au nivellement et à la marginalisation, pour refuser leur sort d’assistés et de consommateurs programmés. Il ne s’agit pas toutefois de les liquider, mais, humanisme oblige, de les réduire à un troupeau en attendant leur disparition, sans s’interroger sur leurs états d’âme ou leur désespoir. Dans l’esprit des puissants, les vaincus sont destinés à se dissoudre, car inutiles. Un monde totalitaire dont Orwell, dans 1984, dessinait, voilà bientôt 70 ans, les terrifiants aspects. Telle est la philosophie sous-jacente au nouveau pouvoir.

Mais le peuple n’a-t-il pas les politiques qu’il mérite, lui qui, en effet, a voté pour eux, gobé une fois encore leurs promesses, souscrit à leur manipulation ? L’électorat de droite n’a-t-il pas, sans broncher, accepté l’éviction de Fillon victime d’un complot et d’un acharnement juridico-médiatique ? A l’inverse, le ministre Richard Ferrand, qui avait conduit la campagne d’Emmanuel Macron, et qui, le 3 mars 2017 sur France Inter, n’hésitait pas à déclarer que « l’affaire Fillon souille tous les élus de France », et bien que faisant l’objet de révélations médiatiques touchant à une opération immobilière montée en Bretagne en 2011 au bénéfice de sa compagne, ainsi qu’à l’embauche de son fils comme attaché parlementaire en 2014, ne bénéficie-t-il pas d’une indulgence sans limite de la part du nouveau pouvoir ? Le parquet de Brest a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire sur l’affaire Ferrand, parce qu’il ne pouvait plus faire autrement, alors qu’il y a 8 jours il déclarait qu’il n’y avait rien à voir dans le dossier, Emmanuel Macron assurant alors Richard Ferrand de son soutien. Bel exemple de probité pour le nouveau gouvernement, arborant le masque de la vertu, au moment où l’ineffable Bayrou lance sa loi sur la moralisation de la vie politique.

Cette France privilégiée, protégée, timorée, perpétuellement hésitante, et qui a souscrit à la farce antifasciste inlassablement utilisée par la gauche depuis plus de 30 ans, et à son corollaire, le « Front républicain », vit dans l’illusion d’un éternel présent, d’une histoire immuable, ne s’intéressant qu’à ses seuls problèmes, souvent dérisoires, sans s’interroger sur la France qui souffre. Ce n’est qu’au moment où certains d’entre eux basculent à leur tour dans la pauvreté qu’ils comprennent soudain que nul n’est à l’abri du déclassement. Si les nantis – que leur aisance soit ancienne ou rapide – et les bobos vivant entre eux, dans un « ghetto » confortable et bien-pensant, ont, dans les métropoles, voté massivement pour Macron (90% à Paris), les paupérisés, les sans-travail, les précaires, les déplacés optaient pour Mélenchon ou Marine Le Pen, et les classes moyennes qui avaient voté Fillon au 1er tour se sont reportées à 63% sur Macron au second. Aux législatives, on peut s’y attendre, une bonne partie va se prononcer pour les candidats LREM, officiels ou déguisés.

Mais on n’esquive pas éternellement les rendez-vous avec l’Histoire. Jusqu’à quand les promesses et les discours suffiront-ils à contenir la colère qui enfle ? La révolution des dupes risque alors de se terminer par une révolution des exclus dont on ne sait pas jusqu’où elle pourrait aller.

Max Chaleil

***Dimanche je dis stop aux candidats d'en Marche !
La gauche morale

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