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Assassinat de Lucie Halimi : un silence meurtrier
#1

Sarah Halimi

Comment interpréter le silence public, médiatique, politique qui a entouré l’assassinat de Lucie Halimi il y a quelques jours? L’étonnement, manifesté dans de rares commentaires, toujours du côté de la communauté juive, s’il est, bien sûr fondé, a néanmoins une courte mémoire.

Ce qui est en jeu, c’est non seulement le motif islamique mais aussi la défaillance de la police qui attendait le RAID à l’entrée de l’immeuble pendant que l’assassin commettait son forfait en étage.

Que les autorités officielles ne déclarent pas le caractère terroriste et antisémite du meurtre, ce ne serait cependant qu’habituel. L’opinion n’est pas en effet sans observer, après chaque attentat islamique, la danse autour d’un tombeau des autorités judiciaires et officielles, commençant par douter de la nature islamiste du crime avant même de la qualifier comme telle, officiellement. Celà donne des situations très cocasses à observer, où se donne à voir la difficulté des pouvoirs européens (car c’est une situation partagée) à nommer l’ennemi, malgré l’évidence.

Non, le plus dur à constater concerne les médias qui, comme un seul homme, ont fait écran à l’événement. « Comme un seul homme », c’est bien là tout le problème. Comment s’expliquer ce phénomène dans un pays réputé pluraliste et aux médias multiples? Est-ce un avant-goût de la France « bolivarienne », de la dictature à la Mélenchon ?

Ceux qui ont de la mémoire se souviendront qu’une telle expérience a déjà été vécue, au début des années 2000, quand 500 agressions antisémites étaient commises dans un silence absolu des médias, des pouvoirs publics mais aussi des institutions juives qui, pourtant, tenaient au jour le jour la liste des agressions et de l’identification des agresseurs. Il avait fallu l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur pour que l’on commence à en parler et que l’on parle d’ »antisémitisme » durant ces années chiraquiennes, les plus terribles.

C’est pour cette raison même que j’avais créé l’Observatoire du monde juif:  avant tout pour publier cette liste et alerter l’opinion. Le premier effet de cette publication fut de se voir traiter de raciste, parce que les agresseurs étaient identifiés par leurs victimes. Les institutions juives en conçurent un grand déplaisir – et c’est une litote. Ce n’est que quelques années plus tard qu’on comprit pourquoi: la chape de plomb obéissait à un ordre du gouvernement Jospin pour « ne pas jeter de l’huile sur le feu ». C’est Daniel Vaillant, alors ministre de l’Intérieur, qui devait le révéler. Les bases de la démobilisation de l’Etat étaient posés: il n’y avait pas « antisémitisme », mais il y aurait des « tensions inter-communautaires », un « conflit importé ». Le déni et la falsification de la réalité!

Ce que je voudrais dire aujourd’hui, c’est que l’affaire Lucie Halimi nous montre que, de 2001 à 2017, rien n’a changé au sein des élites du pouvoir, je n’ose pas ajouter ,des institutions juives, malgré l’affaire Merah, malgré l’Hyper casher, si ce n’est peut être plus de « compassion », dont la présidence hollande fut très prodigue, à défaut de décisions politiques, car politique est une situation dans laquelle l’agression vient de l’intérieur.

Cette situation n’est pas anodine. Objectivement, elle équivaut à un recul de la citoyenneté des Juifs, en premier sur le plan de la sécurité, dans la mesure où les autorités veulent négliger le fait qu’ils sont en tant que Juifs, des cibles désignées de l’islamisme, mais aussi sur le plan constitutionnel car une sorte de déclassement collectif s’ensuit avec à la clef un traitement différent pour certaines populations derrière l’illusion de l’anonymat du citoyen. Le fait que cela se produise dans une ambiance générale d’hostilité envers Israël et de l’adoption par l’instance politique et une bonne part de l’opinion de la cause palestinienne donne un sens supplémentaire à cette occultation. Dévoiler en effet ce qu’elle cache lui porterait ombrage et en montrerait l’iniquité.

Le fait que 17 ans après on en soit au même degré est pathétique, sur le plan de l’État bien sûr mais aussi des Juifs: il semblerait que la situation que nous avions crue exceptionnelle s’est durablement installée et pour longtemps. N’oublions pas que leur expérience dès le début des années 2000 a annoncé ce qui est arrivé ensuite à tout le monde. Il semble que la leçon n’ait pas été tirée…

Shmuel Trigano – Europe Israël

*chronique sur Radio J le 21 avril 2017


http://www.l-union-fait-la-force.info


Publié le: 21/04 19:45
Déclaration des droits de l’homme de 1793 art. 35 : « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».
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"Le meurtrier aurait été blond aux yeux bleus toute la France serait descendue dans la rue"
#2

Sarah Halimi

Comment expliquer l’omerta autour du meurtre – pendant la campagne présidentielle – de Sarah Halimi, torturée puis défenestrée par un musulman radical antisémite ? Pour Maître Gilles-William Goldnadel, les débats qui tournent autour de la question de l’islam et de l’immigration sont tous placés par idéologie sous le tapis. Il n’y a aucune raison, selon lui, pour que tous ces drames ne continuent pas.


Le 4 avril dernier, Sarah Halimi était défenestrée après avoir été traitée pendant plusieurs semaines et mois de « sale juive » par son assassin. Comment expliquez-vous l’omerta qu’il y a autour de cette affaire qui devrait pourtant faire réagir ?

C’est la base même de ma chronique du Figaro d’hier.
Il existe une idéologie d’une force, d’une vigueur implacable, parce qu’insidieuse, parce qu’innommée, qui fait que les débats qui gênent le plus et qui tournent tous autour de la question islamiste, autour de l’Islam, autour de l’immigration, sont placés sous le tapis.
Il est invraisemblable que quelques mois après les attentats terroristes qui ont eu lieu en France, les questions terroriste et migratoire n’aient pas été évoquées dans la campagne électorale.
Le surmoi handicapant est tellement grand que même la candidate qui aurait eu le plus grand intérêt électoral et patriotique à évoquer ces sujets régaliens a préféré évoquer des sujets économiques qu’elle maîtrise moins bien et qui passionnent infiniment moins son propre électorat.
Je ne l’incrimine pas. J’incrimine la pensée idéologique qui fait que quand vous êtes dans un débat important devant des journalistes, si vous évoquez ce genre de thèmes, c’est considéré un peu comme saugrenu ou malséant.

Ce drame est en effet arrivé pendant la campagne présidentielle. Comment expliquez-vous qu’aucun des candidats ni même aucun journaliste n’ait porté le sujet sur la table ?

Sans doute que beaucoup ont pensé que c’eût été rendre service à des gens qu’on n’aimait pas que d’évoquer cette question-là, à savoir que, oui, Sarah Halimi a été torturée avant d’avoir été assassinée et défenestrée par un musulman radical antisémite qui l’avait déjà insultée. Sa sœur également avait insulté Sarah Halimi qui craignait beaucoup Traoré.
Croyez-moi que s’il c’était agi d’un blond aux yeux bleus, la France entière serait descendue dans la rue. On aurait également eu droit à des rapprochements historiques totalement incongrus. Mais il s’agissait d’un musulman issu de l’immigration. Donc il n’était pas question d’évoquer cette question.

Outre la médiatisation du cas, qu’en est-il aujourd’hui de l’assassin ?

Là, nous sommes en plus dans une phase habituelle de psychiatrisation de l’assassin qui n’est pas en prison. Celui dont je vous parle reçoit des visites.
C’est forcément un geste insensé de s’en prendre à une vieille dame et de la massacrer pendant une heure. Il n’y a pas de doute que c’est insensé, comme est purement insensé l’assassin islamiste, enfin très probablement islamiste, de Manchester d’aujourd’hui.
À ce moment-là, il faut dire que tout terroriste islamiste prêt à sacrifier sa vie ou sa liberté est déclaré d’office irresponsable pénalement. Ça sera encore plus clair !

Comment analysez-vous l’état du pays qui ne réagit pas, ou même plus, à ce genre de drame ?

Totalement désarmé ! Y compris sur le plan moral, y compris même sur le plan de l’instinct de conservation.
Mais l’opinion publique française n’est pas responsable de cela. L’opinion publique française est très, très réceptive à ce que je viens de vous dire. Mais comme elle est mise dans le vent, comme on lui montre ce qu’on veut bien lui montrer et qu’on lui cache et qu’on lui dissimile ce qu’il n’est pas question et qu’il n’est pas séant de lui montrer, comment voulez-vous qu’elle y soit sensible ? Il n’y a donc pas de raison que ça ne continue pas, aucune raison!

Avocat et essayiste
Président de Avocats sans frontières
 

http://www.l-union-fait-la-force.info


Publié le: 24/05 11:40
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